99F. ~ Frédéric Beigbeder

J’ai enfin lu 99F. D’ailleurs je peux le renommer 0.25 euros car c’est ce que me coûte la location en bibliothèque :p.

Le livre a fait son office puisque je suis passée d’une méfiance naturelle pour toute publicité à un rejet total de toute publicité, et à présent je la vois partout. Je ne permets même plus à mes « amis » de me spammer sur facebook, c’est dire!

J’ai adoré les premières pages de ce livre: style direct, pas de langue de bois, humour particulier.. L’histoire se passe dans une grosse boîte de pub au moment de la réalisation d’un spot télévisé pour un fromage frais allégé. Le héros voudrait se faire virer de ce monde écœurant, mais sans succès. Au fil des pages, ce roman-pamphlet ouvre les yeux sur le monde impitoyable dans lequel nous, consommateurs, sommes les dindons de la farce. Car tout est pensé pour qu’on achète n’importe quoi pour ça rapporte de l’argent; bien entendu je le savais, mais ce livre est un utile rappel. On baigne tellement dedans que ça finit par nous paraître naturel!

Je ne doute pas que tout, absolument tout, soit vrai dans ce portrait du monde des publicitaires. On sent la jubilation que l’auteur –publicitaire lui–même lors de l’écriture-  a connu en posant les mots sur le papier. Le héros est totalement disjoncté, angoissé, cynique, trop sensible, impitoyable et venge tous les pauvres hères emprisonnés chaque jour dans des bureaux sans air entre la machine à café et les toilettes.

En ce qui concerne le style, je me suis fatiguée vers la fin, mais, au-delà de son image un peu trash,  Beigbeder est un écrivain, un vrai (et ça je le savais pour avoir lu « L’amour dure trois ans », – mais ça c’est absolument faux: l’amour dure toute une vie, ce sont les relations qui sont à étançonner sans cesse).

Je me plongerai à coup sûr à nouveau très vite dans un de ces romans.

~

« Pour réduire l’humanité en esclavage, la publicité a choisi le profil bas, la souplesse, la persuasion. Nous vivons dans le premier système de domination de l’homme par l’homme contre lequel même la liberté est impuissante. Au contraire, il mise tout sur la liberté, c’est là sa plus grande trouvaille. Toute critique lui donne le beau rôle, tout pamphlet renforce l’illusion de sa tolérance doucereuse. Il vous soumet élégamment. Tout est permis, personne ne vient t’engueuler si tu fous le bordel. Le système a atteint son but: même la désobéissance est devenue une forme d’obéissance.

Nos destins brisés sont joliment mis en page. Vous-mêmes, qui lisez ce livre, je suis sûr que vous vous dites  » Comme il est mignon, ce petit pubard qui crache dans la soupe, allez, à la niche, tu es coincé ici comme les autres, tu paieras tes impôts comme tout le monde. » Il n’y a aucun moyen d’en sortir. Tout est verrouillé, le sourire aux lèvres. On vous bloque avec des crédits à rembourser, des mensualités, des loyers à payer. Vous avez des états d’âme? Des millions de chômeurs dehors attendent que vous libériez la place. Vous pouvez rouspéter autant que vous voulez, Churchill a déjà répondu: il a dit « c’est le pire système à l’exception de tous les autres.  » Il ne nous a pas pris en traître. Il n’a pas dit le meilleur système; il a dit le pire. « 

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4 commentaires »

  1. Iluze said

    C’était mon premier Beigbeder :). Même si j’ai parfois eu un peu de mal à suivre le délire d’Octave, j’ai quand même beaucoup apprécié ce roman mais j’ai entendu que la suite « Au secours pardon » était moins bien. Tu l’as déjà lu ?

  2. kroustik said

    Je l’ai eu entre les mains hier mais je l’ai reposé, j’avais déjà deux briques entre les mains! Puis je veux laisser un peu de temps entre deux romans du même auteur.

  3. Anti-Farce said

    Mr. Frédéric Beigbeder n’est pas plus un écrivain que vous et moi. Son talent n’est pas. Par contre il est vrai qu’il fait partie d’une famille de spéculateurs nantis qui lui permet de continuer à vivre dans le superflu (S.A Gravitation/Self Trade [Charles Beigbeder]).
    Afin d’éviter tout argumentaire pompeux je veux juste vous faire partager quelques lectures qui relègueront notre « artiste révolutionnaire » à l’état de jeune adolescent un peu confus.

    Je citerai juste ce salopard qui se nommait Henry Ford…

    « Il est une chance que les gens de la nation ne comprennent pas notre système monétaire, car si tel était le cas, je pense qu’il y aurait une révolution avant demain matin ».

    « Les états manqués » – Noam Chomsky »
    « La dette publique, une affaire rentable » – André-Jacques Holbecq
    « Propaganda » – Edward Bernays
    « La face cachée des banques » – Eric Laurent

    Allez tout de même un roman…
    « Le gang de la clef à molette » – Edward Abbey

  4. kroustik said

    Bonjour,

    Je considère 99 F. comme une œuvre littéraire non dépourvue de talent et de sens, même si je reste avec un sentiment d’écriture un peu bâclée. Je ne doute pas que ce roman déplaise, il se veut déplaisant. Je suis curieuse de lire votre avis argumenté à ce sujet. J’ignore tout des ancêtres et de la vie de M. Beigbeder. Ce livre m’a émue parce qu’il rejoint des émotions très personnelles, que vous ne partagez sans doute pas. Merci pour vos propositions de lecture.

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